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Pseudo: Sylvester KherboucheCatégorie: Art et cultureDescription:
Ma sélection d'articles au jour le jour sur la France, l'Algérie et l'île de la Réunion.
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Mardi 11 Juillet 2006

La passion du foot 

 

La planète entière vit au rythme de la coupe du monde de football ces jours-ci. C’est toute l’actualité internationale qui en est marquée. Les médias lui consacrent d’importants espaces. C’est une fête particulière attendue avec impatience aux quatre coins du monde. En Algérie, même si notre équipe nationale n’est hélas pas de la partie, l’événement soulève l’enthousiasme des passionnés du sport roi.     

 

A Béjaia, le Mondial 2006 tombe à point nommé pour couronner une saison sportive riche en événements footballistiques avec les bonnes performances des clubs les plus supportés localement : la JSMB , le MOB et la JSK.

 

La World cup est donc sur toutes les lèvres, on en parle partout : à la maison, aux cafés, dans les rues, absolument partout -et les discussions sont souvent belliqueuses ! Beaucoup s’habillent aussi aux couleurs de leurs équipes fétiches.

 

Toutefois, nul n’est sans savoir que parmi les inconditionnels du foot, on retrouve paradoxalement beaucoup de non sportifs. L’on se demande pourquoi alors cette ferveur et cet engouement pour les matchs de football. Enquête.   

Outre la distraction, le football, tout comme les autres sports d’équipe, est un jeu qui met en évidence et loue les valeurs fondamentales du monde contemporain. Il glorifie la performance, le mérite et la compétition. A travers ses vedettes, il montre d’une manière on ne peut plus claire que les statuts dans la société s’acquièrent au fil de l’existence et ne sont pas donnés à la naissance. A l’image du monde industriel dont  il est historiquement un produit, le football met en valeur la planification collective, le travail d’équipe, la division des tâches, la solidarité, etc.

 

Ce sport détermine aussi la responsabilité de chacun dans un groupe, car sur le terrain, chaque poste requiert des qualités spécifiques, ce qui fournit aux supporters une palette variée de possibilités d’identification. C’est pourquoi les joueurs de la même équipe n’ont pas tous la même côte de popularité. A titre d’exemple, le jeu se construit généralement par toute l’équipe, mais c’est toujours le joueur qui marque le but qui obtient davantage de mérite et de succès auprès des spectateurs.

 

Néanmoins, ce qui exacerbe la passion footballistique, c’est le fait que ce jeu repose essentiellement sur la chance, l’aléatoire. C’est parce que ses paramètres sont extrêmement divers et pas faciles à maîtriser. Ce qui rappelle brutalement que le mérite seul ne suffit pas, aussi bien sur le terrain de football que dans la vie, pour devancer les autres.  

 

Il s’avère donc que la conjugaison du mérite et de la chance, du simulacre et de la duperie, utilisés à bon escient, est d’un apport important pour accomplir une action, atteindre un but. Par ailleurs, il faudra souligner le rôle de l’arbitre qui est là pour appliquer rigoureusement les règles du jeu et sanctionner immédiatement les infractions. Cependant, même l’arbitrage peut être arbitraire, ce qui suscite chez le public un débat souvent dramatisé et belliqueux sur la légitimité ou non d’une justice imparfaite.     

                              

Il est vrai que la coupe du monde de football a toujours été un événement festif majeur pour toute l’humanité. Pendant un certain temps, on se soustrait à la politique et aux problèmes du quotidien angoissants pour parler de sport. Cela dit, le football n’est pas un sport comme les autres. Il est plutôt présenté comme un terrain privilégié à l’affirmation des identités collectives et des antagonismes locaux, régionaux et nationaux. D’où l’extraordinaire popularité de ce sport. Etre supporter du même club de foot est perçu comme un signe d’appartenance commune.       

 

Pour cause, nombreux sont les supporters qui préfèrent que leur équipe soit composée de joueurs de même appartenance régionale ou nationale. N’a-t-on pas coutume, aussi bien en Algérie qu’ailleurs, d’entendre de la bouche de joueurs "étrangers" fraîchement recrutés dans un club, des déclarations du genre : « J’y suis déjà chez moi, avec mon peuple, c’est pour moi le retour aux sources, etc. ». Dans certains clubs, c’est presque une condition sine qua non pour se faire une place dans le cercle hermétique et impitoyable des supporters. On ose jamais déclarer sa différence, car cela peut s’avérer fatal. L’équipe doit refléter l’image stéréotypée de la population qu’elle représente.

 

L’intolérance est telle que quand un habitant de la même ville supporte une équipe autre que le club local, il est presque traité de renégat par des supporters fanatiques. Un chauvinisme sectaire qui, lorsqu’il dépasse les limites du tolérable, offre tous les ingrédients pour faire du match de football un vrai rituel religieux de secte. D’où la haine, l’affrontement et la violence.   

 

De nos jours, de par le monde, le stade est un des rares espaces où les gros mots, les propos injurieux et haineux ont droit de cité. La violence est même parfois gratuite : certains supporters font usage de la violence même quand leur équipe gagne. 

 

En outre, il faut souligner que, en dépit des nombreuses supportrices, les portes des stades de football demeurent injustement fermées à nos concitoyennes algériennes. La mixité contribuerait à coup sûr à dissiper la violence dans nos stades et la violence d’une manière générale.    

 

Les compétitions internationales sont souvent entachées de manque de fair-play et donnent l’occasion aux nationalismes xénophobes et à tous les extrémismes de refaire surface. Cependant, selon l’avis de certains, cette violence est circonscrite au seul cadre de la passion footballistique et qu’elle est loin d’être révélatrice de nos sociétés.

 

Par ailleurs, le football ne peut en aucun cas se soustraire à la politique. Tout pouvoir politique souhaite offrir à son peuple une certaine fierté nationale. C’est un amour-propre dont tout peuple a besoin. Toutes les Algériennes et tous les Algériens se souviennent avec beaucoup de fierté de notre glorieuse équipe nationale du Mondial 1982 et plus particulièrement de sa victoire face à l’Allemagne. Les noms des Khalef, Cerbah, Fergani, Guendouze, Korichi, Larbes, Assad, Belloumi, Madjer, Mrezkane, Dahleb, Zidane Djamel, et tous les autres resteront gravés en lettres d’or dans l’histoire comme de vrais héros nationaux.     

 

En 1998, la côte de popularité du fasciste du Front national français, Jean Marie Le Pen, était en progression. Les partisans du slogan "black Blancs Beur" ont réussi à reprendre du terrain grâce à l’équipe nationale française qui a fini championne du monde. « Zidane président! », clamaient alors les centaines de personnes dans les rues de Paris en réponse au porte-parole du FN qui désirait chasser les étrangers de l’Hexagone. Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres qui dénotent l’influence du football sur le devenir d’une nation.

 

Enfin, le foot ne suscite pas seulement la convoitise des milieux politiques mais celle d’une multitude d’acteurs de divers horizons.

 

Pour ce qui nous concerne, le football, c’est aussi et surtout la fête, alors marrons-nous !

 

Par Karim Kherbouche      

 

publié par Karim Kherbouche dans: kherbouche

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